On va dire que c'est la lune, on va dire que c'est le vent, on va dire que c'est la pluie, le soleil, la nuit qui tombe, le jour trop long, la solitude, le couple, le travail, le chômage, bref il y a forcement quelque chose.
On va dire que c'est comme ça, on sait pas très bien et on a pas envie d'en parler.
On l’attrape on sait même pas comment, comme un mauvais courant d'air, une petite irritation qui gêne, ça commence comme ça, comme rien.
Ce rien prend de la place, de l'envergure, prend toute la place.
Tout insupporte, le silence, le bruit, l'agitation, le calme, le sucré, le salé, tout.
Une envie de gratter là quelque part, le coin manquant du cerveau, celui là même qui contient la dose du bonheur qui vient juste de se faire la malle. Une envie furieuse de se débarrasser de ce rien qui prend de la place. Un rien qu'on voudrait jeter à la tête de l'autre pour peu qu'il pose la question. Un rien qui remue, part et revient comme un moustique bruyant autour de soi.
Et puis ce rien prend forme, un mot, un geste, là, tout à l'heure, ce matin, il y a des heures, à l'instant. Ce petit rien qui a fait son chemin. Sur le bout de la langue, le bout des doigts, le bout du coeur, le bout de l'âme, ce rien a presque pris vie, sens, signifiant.
Ah le laisser glisser, tomber, comme on chasse une poussière, négligemment sans lui donner plus d'importance que le rien qu'il dit être.
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