vendredi 27 février 2009

Petite histoire d'un chirurgien qui ne sait pas parler...

On ne se rend pas compte, on ne sait pas. On jouit de la vue, de l'ouïe, de la parole, du toucher, du goût, on ne se rend pas compte.

Depuis si longtemps je n'y vois pas bien, née myope, comme tant d'autres, comme tant encore aujourd'hui. Rien d'exceptionnel. Il y a longtemps que l'on sait modifier la vue, adapter, proposer des solutions pour continuer à voir malgré tout. Fini le temps où les myopes ne pouvaient vivre seuls. Je parle, bien sûr, de forte myopie, de -13, -14.
Ceci parait énorme comme myopie, difficile de l'expliquer pour celles et ceux qui ont un 10, ce chiffre magique qui indique la bonne note, en tous cas, la note qu'il faut avoir. Mais peu importe. On peut vivre. Lunettes, lentilles désormais et parfois, dans certains cas, opération de la myopie. Les progrès de la science...

Alors, c'est dire comme j'ai toujours eu une confiance aveugle (si, si, j'ai osé...) dans mes opthalmos divers. Ne m'avaient-ils pas sauvé des lunettes ? Puis d'un trou rétinien ? Je pouvais donc leur faire confiance...

Me voilà donc angoissée, certes, toute opération m'angoisse, angoissée mais certaine de l'issue positive de l'opération de la cataracte précoce due à la myopie et à l'aspiration du vitré qui avait eu la mauvaise idée de se décoller.
Je disais à l'envie que de toute façon, ça ne pourrait être pire que ce que je "voyais" actuellement...

Quelle ne fut pas ma surprise, ce vendredi là, après l'opération, de sentir tout d'abord cette douleur fulgurante, celle là même qu'on m'avait assurée de ne pas avoir ? Bon, tout ceci n'est pas grave, après tout je suis dans une clinique...donc je ne devrais pas souffrir longtemps....
C'était sans compter le manque de personnel dans ladite clinique, petite clinique du mourillon, en manque de personnel, avec une infirmière de nuit et de jour en remplacement au pied levé des absentes...
Mais bon, la douleur finit soit par être calmée, soit on finit par s'y habituer.
Confiante donc aux lendemains qui chantent, en "cette reprise de vie normale" assurée par le chirurgien en train de m'opérer, me faisant état de la progression des opérations, j'attendis donc la délivrance le lendemain matin.
Vous allez rire, mais le lendemain, nous voici une 10ne de personne en attente de notre chirurgien qui finalement se fait remplacer, et on attend 30 bonnes minutes, les bureaux de la clinique fermées, une seule infirmière qui n'avait visiblement pas envie de jouer la secrétaire...Ambiance désolée. Mon oeil à peine ouvert, le bandeau venant d'être enlevé, j'attends là.
Je constate que je n'y vois pas beaucoup, mais j'attends mon tour, avec la confiance aveugle toujours chevillée au corps.
Je ne vous parlerais pas du remplaçant qui ne savait pas, qui m'inquiète plus qu'autre chose, qui n'a pas le compte rendu opératoire, je vous passerais les détails de l'angoisse du we, de voir mon oeil éclatée de sang, douloureux et la vision approximative...Je vous passerais tout ceci, comme le chirurgien s'est passé de m'expliquer les conséquences pour moi de ces opérations, comme le remplaçant s'est passé de prendre mon dossier, comme il s'est passé de me donner un anti douleur. Je vous passerais tout ceci, parce qu'ils n'en valent pas la peine, ni l'un, ni l'autre.

Finalement, le we enfin s'achève, l'angoisse toujours palpable bien sûr. Des questions sans réponses, la pire des situations...

Bref, maintenant je sais, enfin....

Un oeil myope voit différemment, maintenant je le sais....
Mon oeil opéré n'est plus myope, un implant est censé me rendre une vue normale. Sauf que désormais, de cet oeil droit, je n'y vois plus de près....
Bon.
Mais voilà que de l'oeil gauche, toujours myope, je vois très bien de près, et moins bien de loin...

Pouvez vous imaginer une vision différente des deux yeux ? Pouvez vous imaginer une lumière différente ? des couleurs différentes ? des perspectives différentes ? Non ? Moi non plus à vrai dire, je ne pensais même pas cela possible.

Tout finira bien avec le temps, le cerveau compensera, mon oeil bionique aura peut être des pouvoirs secrets, je deviendrais sans doute une super héroïne, je sauverais le monde des méchants...tout finira bien c'est sûr et je saurai enfin que les chirurgiens sont des muets....

Ce que je sais, ce que je sens au fond de moi, c'est que la loi Léonetti doit être absolument appliquée, expliquée, amendée, que je ne veux pas mourir à l'hôpital, en clinique, avec des médecins, infirmières débordés, tout puissants, muets et sourds aux angoisses. Je veux mourir dans la dignité de ma personne et ce n'est pas l'hôpital ou la clinique qui permet cette dignité là. Nous sommes des patients, et il en faut de la patience pour supporter de n'être plus que patience...