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jeudi 3 novembre 2011

Refuser

Refuser d'en parler, refuser de lui donner corps.
Refuser de parler, c'est refuser le biais social inhérent à la parole, c'est refuser d'entrer en contact avec l'autre.
Refuser d'en parler, c'est refuser de tirer la corde qui noue pour ne pas donner réalité à la corde.
Refuser de parler, c'est refuser les diners, les amis, les téléphones, mais ce n'est pas se taire.
Refuser d'en parler, c'est le taire.

On peut parfois refuser les deux comme si l'un entrainait de fait l'autre. Oui, mais lequel entraine l'autre ? Le refus d'en parler ou le refus de parler ?

mercredi 2 novembre 2011

L'agacement

On va dire que c'est la lune, on va dire que c'est le vent, on va dire que c'est la pluie, le soleil, la nuit qui tombe, le jour trop long, la solitude, le couple, le travail, le chômage, bref il y a forcement quelque chose.
On va dire que c'est comme ça, on sait pas très bien et on a pas envie d'en parler.
On l’attrape on sait même pas comment, comme un mauvais courant d'air, une petite irritation qui gêne, ça commence comme ça, comme rien.
Ce rien prend de la place, de l'envergure, prend toute la place.
Tout insupporte, le silence, le bruit, l'agitation, le calme, le sucré, le salé, tout.
Une envie de gratter là quelque part, le coin manquant du cerveau, celui là même qui contient la dose du bonheur qui vient juste de se faire la malle. Une envie furieuse de se débarrasser de ce rien qui prend de la place. Un rien qu'on voudrait jeter à la tête de l'autre pour peu qu'il pose la question. Un rien qui remue, part et revient comme un moustique bruyant autour de soi.
Et puis ce rien prend forme, un mot, un geste, là, tout à l'heure, ce matin, il y a des heures, à l'instant. Ce petit rien qui a fait son chemin. Sur le bout de la langue, le bout des doigts, le bout du coeur, le bout de l'âme, ce rien a presque pris vie, sens, signifiant.

Ah le laisser glisser, tomber, comme on chasse une poussière, négligemment sans lui donner plus d'importance que le rien qu'il dit être.



samedi 29 octobre 2011

Une histoire

L'histoire commence il y a quelques années déjà, la musique emplissait déjà les maisons basses de nos âmes et les mots roulaient sans former des paroles.
L'histoire commence avec les lumières qui dansent et les couleurs qui se forment sur le ciel de nos rêves, il y a quelques années déjà.
L'histoire commence et son mouvement particulier fait de petites et de grandes histoires, de rencontres et d'absences, de secondes éparpillés, d'heures lourdes, l'histoire commence.

L'histoire suit sa route et t'embarque à sa suite.
Tout reste à trouver et ta quête n'a pas de fin.

mercredi 26 octobre 2011

Avancer

Etre une honnête femme, comme on disait à l'ère des lumières, être un honnête homme, c'est que qu'on voudrait tous renvoyer comme image. Une personne intègre, intelligente, sensible, impliquée dans son temps et son époque. Quelqu'un de bien quoi, comme on dit.
On aspire tous plus ou moins à cette reconnaissance de son existence. Un semblant de sens à sa vie.

Mais il faut savoir aussi regarder son propre miroir, voir l'image renvoyée, la trouver assez plaisante pour arrêter sa course du regard de l'autre.
Surtout si ce regard n'est pas bienveillant.
Il faut savoir passer son chemin et laisser sur la route les esprits chagrins.
Le doute de soi est une richesse, mais à trop douter, on finit par trainer avec n'importe qui.

mardi 25 octobre 2011

Courage

A l'heure où le courage est une valeur qui n'existe que dans un imaginaire appauvri, où son apparence est trompeuse, médiatique et peu encline à une ouverture quelconque, il existe des courages du quotidien que l'on tait.
A l'automne des révolutions du printemps, des immolations, des sacrifices
A l'hiver des indignés de l'été, des seatings, des manifestations
Le courage érigé comme une médiatisation à outrance
Un courage de désespoir qu'on voudrait nous voir encenser, qui serait censé nous dépasser, nous transcender.

Mais de quoi parle-t-on ?
Il s'agit au départ d'actes de désespoir d'un ou d'une qui soulève une population, un groupe, enfin ému de ce sacrifice. Il s'agit d'un sacrifice à la cause.
Doit-on parler alors de courage ? Je ne sais pas, comme je n'ai jamais su s'il s'agissait de courage pour celles et ceux qui se suicident. Le désespoir peut nous conduire à des actes désespérés qui sont au delà de l’imaginable, quand la mort est la seule issue à une non vie, peut on parler de courage ou d'abandon par lassitude et épuisement ? Vous me direz à juste titre que l'immolation permet à ce désespoir d'être visible au monde comme acte stupéfiant qui oblige à l'arrêt.
Mais pas toujours.
L'enseignante de Béziers en sait quelque chose. Son portrait de femme fragile a largement permis d'en oublier le pourquoi de son geste.
Quelle différence alors entre elle et ce Tunisien qui a lancé le mouvement si j'ose dire ?

Rien et pourtant tout...une idée du courage. Pour suspendre le mouvement, pour stopper la course et penser au geste, il faut que ce geste soit unique. Répété il en perd de son symbole.

Pourtant, pourtant, le courage existe jour après jour dans des actes qui devraient nous stopper net dans notre façon de penser, qui devraient nous interroger si fortement qu'on ne pourrait plus faire comme avant.
Ce courage là pourtant on s'escrime à ne pas le voir, à le cacher, à le rendre insoupçonnable, impossible alors d'en être stupéfié au sens réel du terme, arrêté.

De quoi s'agit-il donc ? Quel est ce courage ordinaire ?
Je veux parler du transgenre, de ce mouvement qui nie l'appartenance à un genre déterminé, qui rejette les codes  Construire son propre genre demande un courage inouï et peu reconnu.
Etre dans les codes, les marques et repères est une nécessité vitale pour nos sociétés qui ne veulent pas être bousculées. S'immoler quand on est désespéré ailleurs ce sont des codes qu'on accepte, un courage estampillé, s'immoler en France c'est entrer dans un autre code de fragilité. Mais transgenre, que faire ?
Depuis des années, on traque ces parias, on leur refuse identité et vie propre, on leur somme de choisir homme ou femme sans coup férir. Pour certains le choix se fait alors pour avoir un peu de paix, pour juste être, et les voilà donc malgré eux, malgré elles à nouveau genrés, différemment mais à nouveau genrés...

Pour d'autres, le refus demande courage, car il en faut pour afficher un tel refus de la case.

Et je voudrais ici témoigner de mon respect pour celles et ceux qui tentent jour après jour de nous entrainer vers un mouvement de la pensée dont nous n'avons pas l'ombre d'un courage.







Fille ou garçon, mon sexe n'est pas mon genre - videos.arte.tv

Fille ou garçon, mon sexe n'est pas mon genre - videos.arte.tv

samedi 22 octobre 2011

A quoi sert l'Art

C'est trois fois rien, une absence, un retrait et les couleurs en perdent leur pertinence, les mots sont vides et le ciel n'existe plus.C'est trois fois rien la perte de l'espoir, ça tient à peu de choses.

C'est la routine du travail, l'absence d'amour à partager, l'absence de partages tout court, l'ennui, le silence qui s'abat, toutes ces petites choses qui vous laissent le regard vide, le corps lourd et les projets éteints.

Et puis, il suffit d'une musique, d'un tableau, d'un film, d'un livre pour que l'émotion revienne aussi forte et limpide que si elle n'avait jamais quitté le fond de votre âme. Une lumière étincelante qui vous rend le sourire, l'espoir, l'envie, le mouvement, le corps léger, l'esprit affuté.
Il suffit de ce partage là.

C'est pour cela que les artistes restent pour moi les seuls capables de nous faire renaitre, de nous élever au dessus de nos défaites humaines et continuent à faire vivre en moi l'envie de vivre.
A l'heure où les artistes meurent de faim, sont prêts à toutes les compromissions pour survivre, où l'art devient outil de propagande, de liaison sociale, je nous mets en garde contre appauvrissement de l'art. Il lui faut garder ses aises, il lui faut garder ses artistes intransigeants, qui n'expliquent pas ou mal, qui essaient sans cesse, qui sont parfois mal aimables, qui ne veulent pas nous rencontrer.
Peu importe.
Surtout peu importe.

A vouloir que l'art plaise à tous, que les artistes soient plaisants, on en arrive à des complaisances de toute part, à tout le contraire de cet éblouissement possible et qui nous dépasse.
Apprendre à regarder, à entendre, ce n'est que ressentir avec lâcher prise, c'est juste ouvrir son coeur et son âme, retrouver ses émotions intactes, retrouver le bonheur premier, indicible, impartageable, le sien qui est aussi celui qui compose celui de tous les autres.

C'est pour cette raison qu'il faut défendre les lieux qui nous offrent ce repos de l'âme, c'est pour cette raison qu'il faut continuer à nous montrer ce qui n'est pas "rentable", ce qui ne remplit pas les salles.
C'est pour cela qu'à Toulon, il faut que l'hôtel des Arts continue à nous montrer des oeuvres magnifiques d'art contemporain gratuitement, c'est pour cela que Châteauvallon doit continuer à vivre et à nous permettre d'écouter de la musique différente, de voir des spectacles qui ouvrent un voile du bonheur pur.

C'est pour cela que malgré la fatigue, la perte d'énergie, il faut continuer, vous, comme moi, à hanter ces lieux, malgré tout, malgré eux, malgré les politiques actuelles d'un nivellement par le plus bas...


jeudi 6 octobre 2011

Signes de paroles

La perte des mots et du sens de ceux ci, comme une pause, un arrêt, un doute soudain.
Les mots ne peuvent plus dire, ne peuvent plus tracer, cerner, identifier.
Ils sont pauvres et instables face aux mouvements de l'âme.

Pourtant, on ne peut que croire aux mots comme seuls outils nous permettant de dire autre chose que ce que l'on veut dire, comme seuls outils d'un dialogue qu'on tente de rendre compréhensible.
Pourtant, les mots font partie de notre existence, de notre lien au monde.

Les mots ont changé de posture ces derniers temps.
Plus courts, plus synthétiques, ils font illusion.
Facebook, twitter, sms, internet, téléphone, mobilité, rapidité, rentabilité, les mots sont tronqués, vidés, absorbés, détournés.
Autre temps, autres mots, autres sens donnés à la vie des mots, à la vie des uns et des autres.
Jouer avec ces nouveaux mots comme hier avec nos anciens mots.
Et constater la perte de ses propres mots pour tenter de dire, de décrire, de reprendre, de créer en sorte le mouvement de soi à l'autre.

Il semble aujourd'hui pouvoir dire mieux et plus fortement sans les mots, autrement.
Il est peut être temps de prendre un autre outil pour dire.

lundi 12 septembre 2011

Le choix

Le choix reste ce qui est le plus difficile à faire, presque autant que de dire Non.
Parce que choisir suppose de devoir renoncer à quelque chose pour autre chose.
C'est du moins l'adage fréquemment répandu.
Mais je vous dis, choisir n'est pas renoncer mais aller vers son désir.
Et là, ô surprise, tout devient plus facile, plus limpide.
Il ne s'agit pas d'abandonner quelque chose en route, de faire un choix entre deux propositions, deux chemins, non.
Il s'agit d'aller vers son désir le plus important.
Le choix devient alors évidence et non point renoncement.
Le choix devient simple.

jeudi 8 septembre 2011

Frénésie ?

La frénésie est ce proche de l'hystérie ? Après tout, on pourrait le croire ?
On serait mal avisé de vite encapsuler les mots ainsi...
La frénésie se rapprocherait plus de la jouissance, mais avec un petit côté maladif et violent. Quoique qu'on peut très bien jouir de sa frénésie et qu'à vrai dire sans jouissance point de frénésie...
Mais la frénésie, pour en revenir à notre question, est-ce proche de l'hystérie ?
Ben non, bien que la frénésie puisse être hystérique aussi...

Bon alors c'est quoi cette frénésie qui nous pousse à lire, écouter, répondre, solliciter, sortir, recevoir ? Vous savez bien cette frénésie qui fait qu'on se retrouve hébété sans une minute à soi, mais content de soi, content d'avoir si bien rempli sa journée, semaine, mois...

La frénésie de l'information, la frénésie des rencontres, la frénésie sexuelle aussi, la frénésie des mots...
Une hystérie de la société moderne, une injonction à jouir...
Internet ? Ah bon...